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Paul Goldschmidt on Le discours de David Cameron sur l’Union Européenne: Un monument d’arrogance, d’incohérence et de mépris!

24th January 2013

Paul N. Goldschmidt is a former director at the European Commission (1993-2002) and a member of the Advisory Board of the Thomas More Institute.

Le discours si longtemps attendu du Premier Ministre britannique sur sa vision de l’Europe s’est révélé parfaitement conforme aux attentes : il n’ajoute pas la moindre nouvelle idée constructive au débat, se contentant de réitérer des exigences sous une forme ressemblant plus à un ultimatum qu’une offre de négociations.

Je tiens tout d’abord à justifier la nature délibérément brutale de ces accusations:

Arrogance :  Tout au long de son discours le PM se réfère aux relations entre le Royaume-Uni et l’UE. Il fait mine d’oublier que ce n’est pas avec « les bureaucrates bruxellois non élus» qu’il va devoir négocier mais à égalité avec ses 27 partenaires.

Alors que le Traité peut, certes, être amélioré, il est peu vraisemblable (et il le sait) que la nouvelle architecture ressemblera, même de loin, à sa vision. Il trouvera autour de la table un bloc d’au moins 17 membres de l’Eurozone auquel se joindront d’autres Etats qui aspirent à adhérer à l’UEM. Les intérêts communs qui les poussent à une intégration plus complète (reconnue comme nécessaire par le PM) pèseront bien plus lourds que le maintien de la Grande Bretagne au sein de l’Union.

Incohérence :  Son appel à plus de  légitimité démocratique et de responsabilité au sein des institutions européennes est largement partagé et n’est pas contestable. Cependant, proposer que les Parlements nationaux en soient les arbitres est la recette d’une totale paralysie de l’UE car cela réintroduit partout le principe de l’unanimité. Renforcer la légitimité et les pouvoirs du Parlement Européen et rendre les institutions européennes et leurs représentants responsables devant lui est la solution pragmatique.

Mépris : Les derniers paragraphes du discours tentent à faire la démonstration que, dans leur propre intérêt, les 27 autres Pays Membres devraient être prêts à faire des concessions comme prix de la participation de la Grande Bretagne à  l’Union. Cette réactualisation du credo d’autosatisfaction « British is best » implique que les pays tiers devraient être reconnaissants à l’Angleterre, ne fusse que d’envisager son maintien dans l’Union !

Le discours est aussi parsemé d’une série de demi-vérités :

Justifier le référendum en invoquant  le manque d’occasions données à l’électeur de se prononcer sur les questions européennes fait fi du fait que chaque traité à été négocié par un Gouvernement et entériné par un Parlement élus démocratiquement.

Le PM s’apitoie, aux cotés de ses concitoyens, lorsqu’ « ils constatent ce que l’Euro est advenu. Et ils prennent note que nombre de leurs dirigeants politiques et des affaires ont, en leur temps, recommandé d’y participer. » Cependant, l’Euro a vu sa valeur s’apprécier de 20% par rapport à la Livre Sterling depuis son lancement et son gouvernement a administré à l’économie anglaise une cure d’austérité qui n’a rien à envier à celles poursuivies par certains pays de l’UEM en difficultés. Certes, par une dévaluation compétitive, la Grande Bretagne a su protéger ses exportations et éviter des mesures encore plus pénibles.

Présenter le référendum comme un acte responsable, occulte le fait qu’en bottant le ballon en touche jusqu’en 2017 (au plus tôt), il prolonge les incertitudes de façon dramatique. Investisseurs et industriels seront amenés à différer leurs projets et les marchés réagiront avec une grande volatilité aux flux et reflux des opinions publiques. Le chat étant sorti du sac, il convient de trancher la question au plus vite.

Enfin, il y a une tentative délibérée d’induire la confusion dans l’esprit de son auditoire : d’une part, la renégociation est différée à la période après la crise ; de l’autre, le PM affirme que « L Union Européenne qui émergera de la crise sera fondamentalement différente. Elle sera transformée, peut-être au-delà de toute ressemblance, par les nécessités induites par le sauvetage de l’Euro ». Ceci pose un problème de fond : Le Royaume-Uni, entend-il participer pleinement à cette transformation dans le but de préserver ses intérêts, par exemple dans les services financiers ? Si oui, comment demander ensuite une renégociation avec l’Union à la transformation de laquelle il a contribué ? Si non, il est peu probable que ses partenaires soient enthousiastes à l’idée de modifier des dispositifs qu’ils auraient mis en place si récemment.

En conclusion, ce discours restera un moment clef dans l’histoire des affaires européennes, même si l’auditoire visé est avant tout l’opinion publique et parlementaire britannique et son objectif, la réélection du Premier Ministre. Il devrait garder à l’esprit que les promesses électorales de François Hollande de renégocier le Traité Budgétaire se sont soldées par un fiasco total. Même si demeurer dans l’Union apparaissait, in fine, comme la moins mauvaise des alternatives, il serait impossible à David Cameron de défendre ce dossier si la « renégociation » débouchait sur des amendements cosmétiques comme ceux dont son homologue français s’est satisfait. A ce titre il sera intéressant d’observer l’attitude de ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale et jusqu’où il restera le maître autoproclamé du calendrier.

Ceci est un triste jour pour l’Europe et pour le Royaume Uni. Si tous deux devront vivre avec les conséquences malheureuses d’une sortie éventuelle de la Grande-Bretagne de l’Union, peut-être ce discours servira-t-il d’inspiration pour édifier avec plus de détermination une « Europe Fédérale Continentale » tout en abandonnant à « Britannia » le soin de  continuer à « régner sur les vagues »!

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